LA MER D’ARAL
Que peut-on dire de nouveau sur la mer d’Aral, au sujet de laquelle, depuis plus de 30 ans, on écrit, on discute dans toutes les langues du monde? Depuis les plus hautes tribunes on appelle à la sauver, les organisations internationales les plus riches allouent des sommes fabuleuses pour la sauvetage de la mer d’Aral. Mais malgré tous ses arguments, les discussions, les promesses, les millions de dollars, la mer d’Aral ne cessaient de fondre sous nos yeux. Sous l’observation minutieuse de toutes sortes de satellites, comme un malade désespéré, la mer la plus bleue se périssait.
Tous ses questions tourmentaient ma tête lors que je préparais ce voyage. Alors que je faisais ma valise, l’incertitude et l’angoisse m’envahissaient. Bien qu’il y a trois mois, j’avais accepté avec enthousiasme de participer au projet du Centre international de journalisme MediaNet pour couvrir les problèmes de la région de la mer d’Aral*. Mais alors que j’étudiais le sujet tout l’été, lisais des centaines d’articles, de rapports, regardais des vidéos et des documentaires, j’ai eu de plus en plus de doutes.
Plus je lisais d’articles, où l’histoire de la catastrophe de la mer d’Aral, assimilée à la tragédie de Tchernobyl, plus mon âme s’angoissait. L’écran me montrait des images identiques de l’immense désert avec des navires et des bateaux rouillés couchés sur le côté, et des journalistes errants racontent pour la énième fois l’histoire de l’assèchement du quatrième lac du monde.
Pourquoi j’y vais? – Les questions me tourmentaient. Et puis j’ai pensé à Ella Maillard, qui a traversé seule les déserts et les montagnes d’Asie centrale dans les années 1920. « Là où les gens vivent, écrivait-elle, on peut passer partout, trouver son chemin. Certes, la mer d’Aral s’était en grande partie asséchée, mais il y avait encore des gens. Pourquoi restent-ils là-bas? Pourquoi ils n’ont pas quitté leurs berges ?
Ainsi j’y suis allée en automne 2021 et j’ai publié les reportages dans un hebdomadaire kazakh « Delovoy Kazakhstan » qui je vous propose de lire ici. Je vous raconte aussi mes rencontres avec un géo hydrologue français René Letolle qui a consacré une grande partie de sa vie aux études de la mer d’ Aral.
*Le Centre international de journalisme MediaNet a organisé un voyage pour des journalistes du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan à la mer d’Aral en 2021 sur le thème « Couvrir les problèmes de la région de la mer d’Aral dans un format multimédia » en coopération avec l’organisation internationale de développement des médias DW Akademie et avec le financement du ministère fédéral allemand des affaires étrangères (Auswärtiges Amt). Avant ce voyage les journalistes ont participé à un concours et à un programme de formation de trois mois. Ils se sont rendus dans la mer d’Aral de deux côtés : du Kazakhstan vers la partie nord de la mer et de l’Ouzbékistan vers la partie sud.
