De la quête de l’énergie à la quête du miracle
2-me interview avec Sylvain Tesson

L’écrivain et voyageur français Sylvain Tesson répond aux questions du magazine kazakh «Continent».

Cette interview a été publiée dans le magazine «Continent» à Almaty en 2008.

A ce moment célèbre écrivain-voyageur français Sylvain Tesson viennent de publié deux nouveaux ouvrages à Paris :  «Ode à l’énergie vagabonde» (Éditions des Équateurs, 2007) et «L’or noir des steppes. Un voyage aux sources de l’énergie» (Artaud, 2007).

Les lecteurs de «Continent» connaissent déjà cet écrivain : une interview de lui avait été publiée au moment quand Sylvain traversait le plateau d’Ustyurt à vélo (voir « Continent » n° 12, 2006).

La correspondente de « Continent », Ogoulbibi AMANNIYAZOVA, a de nouveau rencontré Sylvain TESSON.

Il me semble que c’était hier que Sylvain Tesson était venu me dire au revoir avant son périple, et que je lui avais demandé de saluer la terre de mes ancêtres, le presqu’île Mangyshlak, alors que je tiens déjà entre mes mains les livres « tout juste sortis des presses » relatant l’incroyable périple de ce voyageur le long des lignes électriques, qui a accompli un «voyage au-delà des quatre mers ».

De juin à septembre 2006, Sylvain a parcouru à pied et à vélo le trajet de Nukus, le long de la côte sud de la mer d’Aral, en passant par le plateau Ustyurt jusqu’à la ville Aktaou ; en chemin, il s’est arrêté au village de Shetpe, au village de Beineu, a visité la ville Atyrau et les plateformes petroliers de Kashagan, s’est promené sur le presqu’île Mangystau, ensuite a pris le ferry pour Bakou, puis il a suivi le tracé de l’oléoduc jusqu’à Tbilissi, avant de s’écarter de la « conduite » pour faire un détour par le Kurdistan turc et, à pied à travers des collines et vallées, a atteint son point final : Ceyhan. C’est là qu’il a rencontré le photographe Tom Guasko, et tous deux, en voiture, ils ont refait le parcours de Sylvan afin immortaliser certaines étapes de son périple « vers les sources d’énergie ». Ces clichés ont illustré le deuxième ouvrage de Tesson, « L’or noir des steppes… »


Ses nouveaux livres ne sont pas un reportage sur l’exploitation pétrolière, même s’il a visité des gisements et décrit le travail des équipes de forage ; il s’agit plutôt d’un pamphlet sur l’insatiabilité des appétits humains à l’égard de la nature, d’une réflexion sur l’énergie qui se cache dans les profondeurs de la Terre et au plus profond de chacun de nous.


Quand j’ai fini lire les nouveaux ouvrages de Sylvain, je me suis mise à sa recherche, ce qui m’a pris plusieurs mois. Comme d’habitude, ce frétillon se trouvait loin de Paris. Finalement, il m’a promis de m’accorder une petite heure à son retour d’Afghanistan.


Il est arrivé sur son fidèle « cheval » à deux roues en acier, dont la peinture s’était écaillée depuis longtemps, et, sans même avoir le temps de s’asseoir, s’est exclamé : «Vous vous souvenez, vous m’aviez pris en photo devant le restaurant « Nomad’s » pour votre magazine ? Eh bien, fin novembre, on me remettra dans ce restaurant un prix pour mon ouvrage «Ode à l’énergie vagabonde», élu meilleur livre de voyage ; ce prix est décerné chaque année par onze grands
magazines français. Nous leur offrirons votre magazine, ce sera une agréable surprise pour tout le monde : un restaurant parisien dans un magazine kazakh ! »

« C’est le destin ! », ai-je répondu sur le ton de la plaisanterie, puis, après l’avoir féliciter pour la sortie de ses livres et pour son prix, je me suis tout de suite mise à lui poser des questions.



Sylvain, dans vos précédents ouvrages (vous en avez déjà publié 15), il y avait beaucoup d’histoires passionnantes, vos aventures personnelles ; vous impressionniez vos lecteurs, pour ainsi dire, par vos exploits sportifs – après tout, vous avez parcouru à pied, à vélo ou à cheval des étendues de plusieurs centaines de kilomètres, des montagnes, des steppes et la taïga. Dans vos nouveaux livres, les exploits physiques sont passés au second plan, même si parcourir seul 3 000 km dans une telle région en été n’est tout de même pas une simple promenade. Vous vous présentez désormais davantage comme un philosophe.


– C’est le sujet lui-même qui y incite. Il me semble que la question de l’avenir énergétique de l’humanité est aujourd’hui le sujet le plus passionnant. Dès que l’on commence à s’intéresser aux aspects techniques – le pétrole et le gaz –, on glisse très vite vers une autre dimension, que je qualifierais de métaphysique.


Quand on commence à réfléchir à la relation entre l’homme et la nature, on est frappé par l’arrogance des hommes, leur désir insatiable de prouver leur toute-puissance, leur volonté de tout contrôler, de modifier les lois de la Terre, et de s’approprier sans réfléchir et sans contrepartie les ressources naturelles. En même temps, en longeant l’oléoduc, je me suis mis à réfléchir à nos possibilités personnelles.


« Lorsque nous avons besoin de force, nous demandons à la Terre de nous donner de l’énergie, et lorsque nous sommes en pleine action, nous produisons nous-mêmes de l’énergie, que nous puisons au plus profond de nous-mêmes. J’ai trouvé intéressant d’explorer ce thème hétéroclite. »


L’idée même de ce voyage m’est venue par hasard dans une station-service de la banlieue parisienne, alors que je faisais le plein d’essence sur ma moto. À ce moment-là, on parlait à la radio de la crise énergétique. Et je me suis dit : « C’est ce liquide qui me permet de me déplacer librement, mais d’où vient-il ?»

L’énergie moderne est partout, mais c’est un sujet tellement abstrait pour nous. Autrefois, l’homme se chauffait au bois : il allait dans la forêt, il abattait des arbres ; puis il a commencé à extraire du charbon . Il y avait des mines partout, c’était visible, compréhensible. Mais qu’est-ce que le combustible aujourd’hui ? Nous ne le voyons pas, nous n’avons aucune idée d’où il vient, comment il est extrait, comment il est transformé, mais nous l’utilisons à chaque instant. Nous faisons le plein d’essence dans nos voitures, nous allumons le gaz dans la cuisine, nous polluons le sol de sacs en plastique partout, sans nous rendre compte de la force et de l’énergie que déploient des gens à des milliers de kilomètres de nous, sous une chaleur torride en été et des froids glacials en hiver.

Nous ignorons totalement d’où provient cette énergie et nous nous nourrissons de l’illusion que les sources de cet « or noir » sont inépuisables et qu’elles assurent à l’humanité un avenir sans souci. Pire encore, nous trouvons tout à fait normal de l’acquérir pour une bouchée de pain.

« J’ai eu envie de remonter aux sources de l’énergie moderne, et j’ai décidé de suivre tout le parcours d’une goutte de pétrole, depuis le lieu où elle est extraite jusqu’à ce qu’elle soit déversée dans la cale d’un pétrolier en partance pour l’Occident. »


Lors d’une rencontre avec vos lecteurs, vous avez déclaré que vous n’étiez pas un écologiste militant. Mais vos livres sont un appel lancé aux gens pour qu’ils reprennent leur bon sens, qu’ils s’arrêtent un instant et réfléchissent à ce qu’il adviendra dans 40 ans, lorsque toutes les réserves de pétrole seront épuisées…

– Je ne me considère pas comme un combattant écologiste. Je ne descends pas dans la rue avec des pancartes, je n’organise pas de manifestations. J’écris des livres, et c’est à travers eux que j’exprime mon opinion.

Je voulais simplement montrer que l’humanité se précipite vers une impasse. En augmentant sans cesse notre consommation d’énergie, nous épuisons les réserves de ce précieux «or noir». C’est un sujet très complexe.


« Même si tout le monde sait et comprend que les réserves de pétrole ne sont pas inépuisables, qu’elles vont bientôt s’épuiser, tout le monde clame qu’il faut prendre des mesures d’urgence pour sauver l’environnement de la planète et résoudre les problèmes énergétiques, mais personne ne bouge, personne ne veut changer ses habitudes. C’est incroyable ! »

Ou plutôt, cela relève presque de la fable. À titre individuel, l’homme n’est pas en mesure de prendre des mesures, il ne peut pas changer son comportement. Car nous vivons dans des conditions très agréables. La société occidentale a beaucoup fait et accompli en matière de confort et de loisirs. Je suis moi-même le produit de cette société, et nous ne sommes pas prêts à céder, à renoncer à tous les avantages dont nous bénéficions. Même si nous en parlons beaucoup, même si nous appelons à trier les déchets…

Les gens qui trient leurs déchets, mais qui possèdent quatre voitures par famille, se soucient-ils vraiment de la nature ?

– Exactement, c’est ce qu’on appelle jeter de la poudre aux yeux…


-Dans votre livre vous avez dit qu’il a fallu 600 millions d’années pour que se forme le pétrole que nous consommons aujourd’hui, que l’humanité a épuisé la moitié de toutes les réserves de ce combustible fossile en un siècle, qu’il en reste encore la moitié, mais que le rythme de consommation d’énergie augmente de manière exponentielle. La majeure partie du pétrole est utilisée pour les transports et, selon vous, dans un cas sur deux en Occident, les gens prennent la voiture pour parcourir une distance insignifiante qu’ils pourraient tout aussi bien faire à pied. Vous pensez qu’il est possible de résoudre ce problème mondial grâce à votre méthode : en voyageant ?

– Je vous le dis bien, je ne suis pas un militant écologiste, car je ne connais pas la solution au problème. Je n’ai trouvé une issue que pour moi-même. Je comprends que l’appel au voyage ne convienne pas à tout le monde. Mais quand vous partez en randonnée, vous en tirez un double bénéfice.

Lorsque vous parcourez de longues distances à pied, à vélo ou à cheval, vous vous obligez à puiser dans votre énergie intérieure et à trouver en vous des réserves cachées. De plus, vous consommez moins de carburant et d’énergie que lorsque vous vivez en ville.

Et que pensez-vous de cette nouvelle initiative à Paris : la mairie a installé partout des stations proposant des vélos que l’on peut louer pour quelques centimes ? Des initiatives similaires sont mises en place dans d’autres villes de France.

– C’est un divertissement agréable pour les citadins. Ce serait idéal si cela pouvait faire évoluer les mentalités. Mais, hélas, ce n’est qu’une vitrine pour la mairie, qui donne l’impression de lutter contre la pollution atmosphérique. En réalité, rien n’a changé. Il faut des mesures radicales : interdire les voitures, par exemple, ou quelque chose de ce genre.

Mais le gouvernement n’en est pas capable. C’est particulièrement difficile en France, où il existe des traditions selon lesquelles tout le monde considère que l’État a le devoir d’aider les citoyens, de penser à leur place, de leur accorder des privilèges et de résoudre tous leurs problèmes sans rien demander en échange.

«Nous avons poussé l’environnement à un tel point qu’il est désormais nécessaire de prendre des mesures radicales auxquelles personne n’est prêt. Aucune des avancées sociales dont nous nous vantons tous ne pourra nous sauver lorsque nous n’aurons plus d’air à respirer… »


– L’oléoduc part de la mer Caspienne, alors que vous avez commencé votre périple depuis la mer d’Aral.


– Je m’intéressais aux sources d’énergie modernes en général, et au gaz en particulier. J’ai choisi la mer d’Aral comme point de départ de mon périple. Et ce n’est pas un hasard. À mes yeux, cette mer asséchée est le symbole de la cupidité et de la folie humaines. Non seulement les gens ont « bu » toute l’eau de cette partie de la Terre, mais en plus, ils creusent maintenant ici, ils perforent le sol – ils cherchent du gaz ! C’est monstrueux !


– Sylvain, vous avez autrefois idéalisé la steppe, vous écriviez que vous adoriez ces espaces infinis, dont la monotonie et la répétitivité vous permettaient de méditer, de vous plonger dans votre monde intérieur. Mais là, d’après vos descriptions, le plateau d’Ustyurt ne vous a pas vraiment inspiré… Vous vous souvenez quand, avant le départ, vous avez dit que vous comptiez traverser Ustyurt à pied et que je vous avais surnommé « kamikaze » ?…

– Oui, ce n’était pas la meilleure idée de traverser cet immense plateau aride en pleine saison des grandes chaleurs. Heureusement, j’avais emporté mon vélo, sur lequel j’avais fixé un bidon de 18 litres d’eau. Cela fait tant d’années que je rêvais de traverser le plateau d’Ustyurt ; je suis passé plusieurs fois à proximité, que ce soit à pied ou en voiture, et je m’étais promis d’y retourner pour le parcourir à pied. Je ne comprenais pas pourquoi il y avait si peu d’informations à son sujet, ni aucune description de ce plateau par des voyageurs

« J’ai écrit dans mon livre qu’Oustyurt m’avait vidé de toute énergie, qu’il m’avait asséché et qu’il avait fait naître en moi un désert. J’ai sillonné Oustyurt pendant trois semaines. Ce fut, en effet, une épreuve difficile. D’ailleurs, j’ai compris qu’il est plus difficile de supporter la chaleur que le froid. »


Ou peut-être que cela était encore accentué par mes réflexions sur la crise énergétique et le réchauffement climatique. En tout cas, on ressent cela de manière plus concrète et on le décrit avec plus de sincérité lorsqu’on croupit sous la chaleur et qu’on craint de se retrouver sans eau, plutôt que lorsqu’on est assis dans un hôtel sous la climatisation.

Mais dans l’ensemble, l’Oustyurt est un endroit très intéressant : on y trouve à la fois des canalisations d’eau, des lignes électriques, un gazoduc, une voie ferrée et un sentier. C’est un corridor de communication très important entre la Russie orientale et l’Asie centrale. J’ai été très surpris de ne pas y rencontrer de véritables nomades. Il y a bien sûr des éleveurs, mais ils gardent leur bétail à l’aide de voitures et de motos.

– Au fait, où vous approvisionniez-vous en eau à Oustyurt ?

– Je demandais aux stations de compression, qui sont situées tous les 100 km. Je croisais parfois des camions, et je demandais aux chauffeurs de me donner un peu d’eau.

– Vous n’aviez pas peur de boire de l’eau non traitée ? En Occident, on met généralement tout le monde en garde…

– J’avais emporté des comprimés pour purifier l’eau. Mais quand je voyais que les gens des villages buvaient l’eau des puits, je buvais avec eux.

Ce qui est vraiment dangereux, c’est l’eau dans les hôtels de l’époque soviétique équipés d’un réseau d’égouts vétuste. L’eau y est de très mauvaise qualité, mais cela est dû aux canalisations rouillées.

Je suis toujours étonné de voir à quel point les journalistes et les écrivains occidentaux qui ont visité notre région aiment rappeler avec tant de délectation à quel point on aime boire de la vodka chez nous. Pourquoi cela vous impressionne-t-il à ce point ? Vous êtes-vous déjà demandé d’où venait cette tradition? Vous décrivez à quel point le travail sur les plateformes de forage exige des efforts et de l’énergie humaine ; vous connaissez la différence entre les conditions de vie à Paris, sur les rives asséchées de la mer d’Aral et dans les villages des steppes. Ne pensez-vous pas que la vodka est l’un des moyens de survie morale pour les hommes dans notre condition ?

– Mais ce qui nous étonne vraiment, c’est la capacité de vos compatriotes à boire de la vodka à toute heure du jour et de la nuit, pour n’importe quelle occasion, qu’il fasse chaud ou froid. En Occident, personne ne boit ainsi. Je pense que ce n’est pas aussi simple et univoque que cela, et que les raisons de ce phénomène sont multiples.

Il se peut, en effet, que certains cherchent à oublier les épreuves de la vie à l’aide de la vodka. Mais lorsqu’on évoque les complexités de l’extraction pétrolière, il ne faut pas oublier qu’il ne s’agit plus aujourd’hui d’un système d’esclavage, ni d’une exploitation menée par des prédateurs – ces capitalistes qui, tels des vautours, se partagent gratuitement le butin.

Chaque baril de pétrole exporté du Kazakhstan est payé. De plus, un fonds spécial issu des revenus pétroliers a même été créé pour la population. En Azerbaïdjan, un « contrat du siècle » d’une valeur de 8 milliards de dollars a été signé en 1993, et d’ici 2030, ce chiffre devrait atteindre 60 milliards. Le travail sur les plateformes de forage est très bien rémunéré. Toutes les personnes que j’ai rencontrées sont venues là-bas spécialement pour toucher un salaire qu’on ne trouve nulle part ailleurs.


« J’ai l’impression que, chez vous, la vodka fait tout de même partie intégrante de la culture. Elle s’est tellement ancrée dans les habitudes. De toute évidence, elle aide à tisser des liens sociaux et est devenue un élément indispensable pour communiquer et nouer des relations. »

Si, par exemple, un journaliste occidental se rend sur place pour réaliser un reportage et qu’il refuse le verre de vodka qu’on lui propose, il ne parviendra pas à établir un contact étroit avec les gens, à gagner leur confiance ni à susciter leur amitié…

L’oléoduc contourne le Kurdistan turc. Pourquoi vous êtes-vous écartés du « tracé » pour vous rendre là-bas, où, d’après vos descriptions, il faisait d’ailleurs 52 °C ?

– C’est justement parce qu’il ne passe pas par là que je m’y suis rendu à vélo et à pied à travers les montagnes. Il est toujours intéressant de comprendre pourquoi quelqu’un dépense de l’énergie pour contourner un obstacle. Mais les raisons sont multiples. Bien sûr, la première raison est d’ordre géographique et géomorphologique : il est en effet très difficile de poser un gazoduc en haute montagne. Mais surtout, British Petroleum n’avait absolument aucune envie de traverser des zones instables, impossibles à contrôler, où des conflits armés éclatent depuis longtemps.


« Et puis j’aime beaucoup la montagne ; dans mon cœur, je suis un montagnard. J’adore les peuples des montagnes et je leur voue une grande admiration. Car, malgré toutes les difficultés, ils ont su créer toutes les conditions nécessaires à la vie. Quand je voyage, j’essaie toujours de trouver des points communs entre les peuples des montagnes. Il me semble que les montagnards de Savoie, du Kurdistan et du Kirghizistan ont beaucoup en commun. »


Vous savez, il existe un proverbe arménien qui dit : « On n’appelle pas sage celui qui a vécu longtemps, mais celui qui est allé loin. » Vous sentez-vous plus âgé que vous ne l’êtes en réalité ?


– C’est une réflexion très intéressante. En effet, il n’y a pas de lien proportionnel entre le temps que nous passons sur terre et notre compréhension de la vie. Il y a des personnes âgées qui n’ont pas quitté leur village depuis leur plus tendre enfance et qui conservent les mêmes convictions toute leur vie.


« Je pense que les convictions sont une prison. Les voyages permettent de voir la vie dans toute sa diversité, ils nourrissent la réflexion et favorisent les découvertes. »


Cependant, il n’y a pas de rapport proportionnel entre le nombre de pays que vous avez visités et votre compréhension du monde dans son ensemble. Tout dépend de chaque individu.


C’est vrai que, quand je rentre chez moi après une longue randonnée, je me sens très fatigué, presque un peu plus vieux. Quand on est coupé de toute sa vie habituelle, les journées passées loin de chez soi sont plus riches, plus intenses, plus denses.

Quand on voyage pendant quatre mois, on a l’impression que des années se sont écoulées. À Paris, où la vie est agréable et tranquille, le temps file à toute allure, sans qu’on s’en rende compte.

Peut-être que, en randonnée, je suis plus attentif, plus réceptif à tout, et cela donne l’impression d’avoir vécu plus de temps qu’en réalité. C’est vrai, ce proverbe n’est pas dénué de sens.

Quand on voyage pendant quatre mois, on a l’impression que des années se sont écoulées. À Paris, où la vie est agréable et tranquille, le temps file à toute allure, sans qu’on s’en rende compte.

Peut-être que, en randonnée, je suis plus attentif, plus réceptif à tout, et cela donne l’impression d’avoir vécu plus de temps qu’en réalité. C’est vrai, ce proverbe n’est pas dénué de sens.


– Bon, et maintenant, où pensez-vous aller ?

– Le 25 décembre, je pars à pied sur le «Chemin des fées» : je remonterai la côte celtique, le long de l’océan Atlantique, depuis la Galice espagnole jusqu’en Islande.

« J’ai choisi ce jour-là parce qu’il s’agissait d’une fête protochrétienne de la Lumière ; chez les Romains, on l’appelait le Jour de la Nature invaincue. C’est le début du réveil de la nature, le moment où le soleil commence à rallonger les jours »


J’espère pouvoir me rendre en Islande le 24 juin pour la fête du solstice d’été.

En Europe, il me semble qu’une crise spirituelle se profile ; le christianisme perd de son importance ici. On assiste à un regain d’intérêt pour les religions protochrétiennes, le panthéisme, l’animisme et les croyances liées à la nature.

Je voudrais comprendre pourquoi les paysages de l’Atlantique ont toujours été propices à la naissance de mythes et de légendes sur les fées, les elfes et les nains. Mais surtout, j’aimerais aborder la question de la nécessité de croire aux miracles et montrer que chacun de nous recèle en soi un miracle…

L’entretien a été mené par

Ogoulbibi Amanniyazova

Paris

« Continent » N 1

18- 29 janvier 2008

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